Antiobiorésistance : un enjeu mondial de santé publique

santé, santé publique, prévention, médicamentsLe mercredi 07 novembre 2018

J’avais saisi la Ministre des solidarités et de la santé sur les dangers relatifs à l’antibiorésistance. Les premiers résultats des travaux du GLASS – programme international de surveillance de la résistance aux antibactériens, auxquels participent une cinquantaine de pays, dont la France ne fait pas partie et qui porte sur 22 pays – sont inquiétants.

Les bactéries résistantes les plus souvent signalées sont Escherichia coli, Klebsiella pneumoniae, Staphylococcus aureus et Streptococcus pneumoniae, suivies de Salmonella spp. Certaines des infections les plus courantes, et potentiellement les plus dangereuses, sont résistantes aux médicaments.

« Les taux de résistance à la pénicilline, médicament utilisé depuis des décennies pour traiter la pneumonie partout dans le monde, vont de 0% à 51% dans les pays ayant notifié des données », alors que son inventeur alertait sur ce danger dès 1945 et prônait une utilisation raisonnable et en dernier recours des antibiotiques. Dans les cas où une infection par Escherichia coli est identifiée, "entre 8% et 65% des bactéries présentent une résistance à la ciprofloxacine, un antibiotique couramment utilisé contre ces infections ». Ce qui est d’autant plus inquiétant qu’aujourd’hui les agents pathogènes franchissent les frontières.

La tuberculose est étudiée à part depuis 1994 et les résultats la concernant ne sont pas plus rassurants. La tuberculose « pharmacorésistante » fait déjà 250 000 morts par an.

En France, près de 160 000 patients développent chaque année des infections dues à des bactéries multirésistantes aux antibiotiques et près de 13 000 en meurent (Rapport du 23 septembre 2015, commandé par le ministère de la Santé).

La trop grande prescription d’antibiotiques est la résultante de ces chiffres. Et la France en consomme 30 % de plus que ces voisins européens.

Le nombre insuffisant de nouveaux antibiotiques découverts et mis sur le marché est également l’un des problèmes.

Face à cet enjeu mondial de santé publique, je souhaitais savoir ce qui serait mis en œuvre par le Gouvernement afin de favoriser le développement de nouveaux traitements et de responsabiliser les pratiques de prescriptions et de consommation d’antibiotiques.

Dans sa réponse, la Ministre précise que la France participe cette année, pour la 1ère fois, au travaux du GLASS.

Un Comité Interministériel pour la Santé (CIS) a été consacré à la préparation et à l'adoption, en novembre 2016, d'une feuille de route interministérielle visant à maîtriser l'antibiorésistance. Un délégué ministériel a également été placé sous l'autorité de la ministre.

Il est primordial de mettre place des actions conjointes entre santé humaine, animale et environnementale pour maitriser le problème. De fait, la feuille de route est interministérielle et aborde des actions transversales. Elle intègre les plans sectoriels spécifiques à savoir le programme national d'actions de prévention des infections associées aux soins (Propias) et le plan EcoAntibio2 consacré à l'utilisation des antibiotiques dans le secteur vétérinaire. Son suivi est assuré par un comité interministériel. Concrètement, il s'agit de mettre en œuvre des actions de :

  • Sensibilisation et de communication auprès du grand public et des professionnels de santé ;
  • Formation des professionnels de santé et d'incitations au bon usage des antibiotiques en médecine humaine et vétérinaire ;
  • Recherche et d'innovation en matière de maîtrise de l'antibiorésistance ;
  • Mesure et de surveillance de l'antibiorésistance.

Les positions de la France seront portées au niveau européen et international par le ministère en charge des affaires étrangères, afin notamment d'interdire universellement l'usage des antibiotiques en tant que promoteurs de croissance en élevage, et de porter au niveau européen un projet de mécanisme d'encadrement spécifique, associé à un modèle économique soutenable, pour permettre le développement de nouveaux produits ainsi que la préservation des anciens antibiotiques qu'il est indispensable de maintenir disponibles dans l'arsenal thérapeutique.